Fugue

 

Fugue
Quelle gageure de parler de cette forme!

J’ai toujours recherché cette forme , depuis très jeune , sans en connaître réellement les tenants et les aboutissants.Qui y-a-t-’il de si mystérieux, de si intrigant, de si prenant ?
C’est sans nul doute la forme qui me procure le plus de jubilation.C’est la forme « reine ».Il m’est bien difficile de dire pourquoi.La question , pourtant ne manque pas d’intérêt. Le grand G.Gould l’avait traitée à sa manière dans son: »So you want to write a fugue ! »Bien sûr je pourrai décrire les différentes parties qui la composent.Mais ce serait trop simple, presque une fuite ( une fugue ?)

Et puis faut-il toujours tout analyser?

Je me souviens si bien de ma déception en recevant pour la première fois la partition de la toccata et fugue en ré mineur de J.S.Bach.Enfin , les notes révélées, je me suis dit : » Ce n’est que cela? »

Je ne m’éloigne pas tant du sujet que cela, il s’agit de répondre à la question »qu’est-ce que l’analyse? ».La question de son utilité n’en est pas une , ou plutôt, montre que l’analyse ne semble pas poursuivre de but qui manifesterait un  » progrès ».La question « qu’est-ce que? » est éminemment philosophique puisqu’elle interroge la question de « l’être ».Finalement , cette question , telle qu’elle est posée , est un outil pour faire apparaître quelque chose.

Si je vous donnais les différentes parties des fugues que je trouve mirifiques, je vous ferai apparaître leurs schémas.Ce schéma est ici une structure, très codifiée,celui de la narration.Cette narration nous dit , non pas de quoi « parle t’elle ? » mais que « parle t’elle ? »

Bref, l’analyse permet de mettre en exergue les phénomènes musicaux.C’est peut être étrange , mais: »Les phénomènes ne sont d’abord et le plus souvent pas donnés »( C’est Heidegger qui le dit.)

Il y a les fugues que l’on a écoutées , et qu’on écoute encore et puis celles que l’on a écrites.Il ne s’agit pas de faire un catalogue mais de toute évidence , certaines sont incontournables. Celles de J.S.Bach viennent en premier. C’est une véritable encyclopédie où le génie du compositeur se joue de toutes les rectitudes de la forme. »L’art de la fugue », bien sûr.Et que dire de l’émotion ressentie avec le dernier contrepoint , la quatorzième fugue évidemment, celui qui s’arrête sur le ré ( ton d’origine de l’art de la fugue) de la voix de ténor .Et celle pour orgue en si bémol, le sujet quelle plasticité! un sujet qu’ on rêve de trouver chaque jour, une perfection ce sujet.

Celle de Beethoven ensuite , la grande fugue.Boucourechliev écrit: »La grande fugue vision d’un devenir alors inconnu…plus que jamais actuelle,je la découvre, l’écoute passionnément, ouvert à son message d’avenir. »

Je me demande si , la réponse à ma question , n’est pas là.Pourquoi aimer la fugue ?

La fugue c’est un monde en construction ( les voix entrent les unes après les autres).C’est un univers qu’on nous propose, on peut en deviner les prémices ( le sujet reste le même pendant l’exposition , il est juste modelé pour cadrer dans une gamme qui n’a pas de milieu).Dans cet espace notre esprit n’est pas mis en danger, on peut prévoir la suite.Passer l’exposition , tout ce qui est nécessaire se trouve donc présent pour aboutir à une construction dans laquelle le sentiment de l’unité la plus stricte sera toujours préservé en même temps que sera rendue possible , par le jeu savant des combinaisons multiples, une considérable variété.

N’écrit pas une fugue qui veut.Certains , pourtant géniaux, n’en écrire aucune ( F.Chopin).Elle demande de solides connaissances.Mon attachement à la forme est aussi , sans doute du, aux heures nombreuses , et parfois douloureuses, passées à travailler sur des fugues.


Ensuite nous nous laissons emporter par le développement, les modulations qui nous transportent d’une image à une autre.On est perdu on se retrouve grâce à la reconnaissance d’une partie du sujet.Tantôt le temps se ralentit , le sujet est exposé en valeurs longues.Tantôt tout est rapide , le sujet est exposé en valeurs brèves

Et puis vient la strette.C’est aussi dans cette dernière partie , cette accélération du temps, que tout le génie du compositeur se révèle.Les voix sont si proches les unes des autres, si intimement liées, qu’elles nous renvoient à la nécessité impérieuse de la communion.Nous rappelle au devenir de l’Homme.Seul il n’y a pas de relief, que du vide.Écoutons comme , à plusieurs sujets,le monde devient riche.
Puis la pédale de dominante ou la dominance de la pédale comme on voudra,nous fait à nouveau toucher terre, nous rassure par sa stabilité et son absence de mouvement nous qui avons tant voyagé.

La fugue c’est tout ça et bien d’autres choses encore.Finalement , oui , parler de la fugue est une gageure ,et ça , j’en suis sûr.

Esté

contact: estemusique@laposte.net

 

 


 


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1 Réponse à “Fugue”


  • Cécile groussard

    Mon fils a trouvé comment écouter ta musique sur ton blog, c’est super ce que tu fais. Je vois que nous avons en commun la passion du chant lyrique. Je prends des cours depuis plusieurs années avec une ancienne chanteuse Emmy Greger à Grasse mais je trouve que ma voix est trop fluette.

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