PIANO

 

 

Vous écoutez actuellement le final du 30ème concerto pour piano

Esté

contact: estemusique@laposte.net

Un savant disait qu’en Grèce tout le monde parlait bien et qu’en France , tous savaient écrire.Il y a un côté désabusé dans cette phase qui me fait penser à celle d’Anton Rubinstein: »De nos jours , tout le monde sait bien jouer du piano ».Il vaut certainement mieux que « tout le monde » joue bien plutôt que mal.Mais les paroles de ce grand pianiste, avec leur nuance de tristesse sceptique,restent d’actualité.

Le piano m’accompagne depuis si longtemps.J’ai mis du temps avant d’écrire cet article.Les grandes douleurs sont muettes, mais les grandes passions aussi.J’aime le piano passionnément.J’ai écrit pour lui, en forme d’hommage, des centaines de pièces , et la source ne s’est jamais tarie.

Pour citer encore Anton Rubinstein : » Vous croyez que c’est un seul instrument ? C’est une centaine d’instruments. »Il ne s’agit pas de copier l’orchestre.Le piano a sa beauté sonore spécifique, son identité qu’on ne peut confondre avec rien d’autre au monde.Il faut connaître et aimer cette individualité.Carl Czerny (‘élève de L.V.Beethoven), ce génie sec et méthodique, qui a »torturé » des générations entières de pianistes sous le flot de ses intarissables études ( je préfère celles de Cramer) a établi qu’il est possible de reproduire au piano cent graduations dynamiques différentes, se situant entre ce qui n’est pas encore le son et ce qui est déjà plus que le son.C’est très curieux de constater que deux personnalités aussi différentes que A.Rubinstein et C.Czerny soient d’accord sur le nombre cent.Voilà qui donne à réfléchir.

Le piano est une boîte mécanique géniale, prodigieuse, susceptible d’exprimer tous les sentiments, mais une boîte quand même.Pour l’humaniser, il faut infiniment plus d’efforts que n’en demande cette grande découverte de l’esprit, merveille de vie et de souplesse , capable de tout, infiniment expressive, la plus humaine et la plus extraordinaire création de l’homme et qui s’appelle la parole humaine.

Je pense que le musicien est déjà en nous avant de commencer l’instrument. Alexandre Blok disait: » un poète , qu’est-ce à dire ? Un homme qui écrit des vers ? Non c’est celui qui écrit des vers parce qu’il est poète, parce qu’il sait mettre en harmonie les sons et les paroles ».Si je voulais paraphraser cette pensée je dirai: Est-on pianiste parce qu’on possède une bonne technique ? Non bien sûr, ce musicien possède la technique parce qu’il est pianiste, parce qu’il sait exprimer par le son , le contenu poétique, le sens profond , l’harmonie et les lois de la musique.Voila pourquoi la technique est indispensable au même degré que la conception spirituelle.

La pensée d’A.Rubinstein s’éclaire.D’une part , le piano est un instrument répandu, un instrument populaire , utilisé par des millions de personnes, aussi nécessaire que la parole , pour le musicien et l’amateur.D’autre part il est, sous les doigts des grands artistes, l’instrument individuel le plus précieux, le plus difficile à manier qui soit.Le premier groupe d’utilisateurs se chiffre par millions , le second à peine une dizaine.

Henrich Neuhaus disait : »qu’il était plus facile de monter dans un autobus bondé que de trouver sa place au piano ».

A.Rubinstein , à qui l’on demandait la raison de son emprise sur les auditeurs, répondait ceci: »sans doute est-ce ma très puissance sonore.Mais je pense que c’est surtout l’énorme travail qui m’a permis de faire chanter le piano ».La technique , le travail , le son et le chant , voila sans doute de bons ingrédients pour penser le piano.

Le chant est à la base de toute musique, la littérature pour piano abonde en mélodies.Le souci premier de chaque pianiste doit être d’acquérir une sonorité profonde, pleine, riche, susceptible de toutes les nuances, avec les innombrables gradations horizontales et verticales possibles.C’est le mot de l’énigme que pose la technique des grands interprètes qui appliquent la formule de Michel Ange: la main se soumet à l’esprit.

Chopin disait à ses élèves: »Soyez persuadés que vous jouez bien et vous jouerez bien ».En d’autres termes , il faut éprouver de la joie, ayez du plaisir.

Que dire de plus.

Esté

 

Concerto pour piano

Voici un autre concerto de facture plus contemporaine.

 

 

 

( Extrait de la sonate N 51 pour piano)

Virtuosité

 

Je ne suis pas un amateur de l’acrobatie digitale. Pour moi, la virtuosité doit être au service d’une intention musicale, ou être l’amplification d’une intention musicale. Je n’utilise jamais la virtuosité pour elle-même. Pour autant c’est un phénomène qui est lié à la littérature musicale et beaucoup de compositeurs ont souhaité composer des études, des préludes, pour acquérir et dépasser la virtuosité. Debussy écrit le 27 septembre 1915 : « En deçà de la technique, ces études prépareront les pianistes à mieux comprendre qu’il ne faut entrer dans la musique qu’avec des mains redoutables ».En ce sens je n’échappe pas à la règle. Dans les quelque cent « Préludes Interdits » certains sont très virtuoses. En la matière il n’y a pas de secret. Il faut répéter et répéter c’est apprendre. Liszt répétait parfois à plus de cent reprises un passage difficile. La virtuosité pose le problème de la technique, autrement dit du style. Perfectionner le style c’est perfectionner la pensée. Du reste le mot « technique » vient du grec et signifie « art ».
Mais la première virtuosité n’est elle pas d’abord dans la partition ? C’est la question que pose J.P Sartre dans « L’Imaginaire ». Il écrit, en parlant d’une symphonie de L.V.Beethoven : « Est ce que la septième symphonie de Beethoven est dans la partition ou bien dans l’exécution ? ».C’est surtout la partition qui fonde l’identité de l’oeuvre et donc son caractère virtuose. Car c’est sur la partition que repose toute l’interprétation de l’oeuvre et non l’inverse.

 

Esté

3 Réponses à “PIANO”


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