Quatuor

Je ne sais pourquoi ( sans doute après l’écoute des quatuors de Beethoven et de Haydn) il est paru comme une impérieuse nécessité d’écrire des quatuors.L’exercice est difficile.Pas d’artifices qui ne sautent immédiatement aux yeux.Impossible de jouer sur les couleurs orchestrales.L’écriture du quatuor c’est sérieux.
J’aime bien le mouvement lent de ce premier quatuor en Do m.C’est une oeuvre d’adolescence et c’est une période tellement riche, désordonnée,avec des errances, des souffrances aussi.

Certains me disent c’est triste.Oui , peut être .J’aurais plutôt dit mélancolique.

« La mélancolie c’est le bonheur d’être triste ».Victor Hugo.

Alors bien sûr , il y a des maladresses , des erreurs, des façons de composer que je ne ferai plus .Mais j’aime bien ce premier quatuor, j’y suis attaché comme on regarde une photo ancienne.Il y a tout ce qu’elle évoque, le non dit ,le visible et l’invisible.Ce que l’on voit , et ce que je suis seul à voir.

Le mouvement dure 6mn.Mais pour des raisons d’espace , je n’ai pu mettre que la moitié.C’est dommage car j’aime bien l’enchainement avec la reprise du thème de départ , lorsque un accord se meurt avec les deux violons et l’alto , et que le violoncelle surgit du grave dans une gamme montante , et relance la « machine ».

Et puis il y a ce silence soudain au début.Mystérieux comme si la pensée s’évadait ailleurs l’espace d’un instant pour mieux y revenir, la stratégie du détour dirait les pédagogues.

C’est écrit comme un chapeau en pointe , comme une montagne, avec un point culminant ( note aiguë au premier violon) . Le thème se cherche en permanence ( adolescence?) mais les autres instruments semblent poursuivre leur propre chemin.Parfois on a le sentiment que tout est calé puis , à nouveau , tout semble désordonné.Les voix essaient de trouver un modus vivendi .Finalement , les valeurs longues , finissent par diluer le thème qui disparait dans un tissu harmonique qui devient prépondérant.Je ne sais plus mais cela devait être une réponse radicale et expérimentale de l’instant sur le traitement thématique: l’absence de thème. Il y a ces tenues aussi qui devraient faire un tapis stable, ces accents dans les parties intermédiaires.Mais , au final, tout est mouvant et « déséquilibrant ».Et la pulsation , impossible à trouver, c’est du trois temps , quatre temps, du six-huit , du quatre-cinq?

Sur la partition, il y a marqué: »Aussi lent que possible ».C’est un mouvement qui aime prendre son temps , ou plutôt pour qui le temps est aboli ( absence de pulsation).On ne connait plus la lenteur.Je sais que j’ai un rythme naturel qui est lent.Dans un société où tout doit aller le plus vite possible , ce n’est pas facile à vivre.

Pourtant la lenteur a des vertus.Permettez-moi de me tourner vers les Grands Maîtres.Liszt travaillait le programme de ses concerts avec une lenteur extrême.Le secret de la vitesse c’est la lenteur. Écrire pour le quatuor c’est assez proche de l’écriture de la fugue ( bien sûr il existe des fugues à 5,6 voix et plus, mais je parle ici de la « fugue d’école »).Et ce n’est pas un hasard si je trouve beaucoup de bonheur à composer pour cette formation.Et puis quatre c’est l’équilibre parfait, à trois ce n’est que le début de l’équilibre , à cinq on bascule dans autre chose.

Esté

contact: estemusique@laposte.net

 

 

Quatuor ( suite)

Ce quatuor est plus récent.Il date d’une dizaine d’années.Le langage oscille entre le tonal et l’atonal.

Souvent on me dit: »L’atonal ce n’est pas de la musique »

Cette question semble dire qu’en est-il du musical dans tout cela ?C’est une question difficile car elle va induire aussi ce qui est de la « non-musique ». La musique est avant tout un concept, une représentation mentale, abstraite que nous associons à une réalité du monde. Si je dis « musique » j’opère un découpage de la réalité, je désigne dès lors un certain type de phénomènes sonores plutôt que d’autres. « Qu’est ce qui est plus musical, aurait dit J.Cage la cacophonie qui sort des fenêtres du conservatoire ou le bruit que fait le camion qui passe devant ce conservatoire ».C’est aussi une question de temps. Le sacre du printemps, considéré comme un véritable tintamarre, fait partie maintenant de tous les répertoires des grands orchestres. Plus récemment en 1980 lors de la présentation de la deuxième sonate pour piano de Pierre Boulez un critique avait écrit Boulez= no music. L’avenir nous le dira.
Bien sûr lorsque j’écoute une oeuvre je suis sensible à ce qu’elle me dit.Je ressens des émotions indépendamment des matériaux qu’elle utilise.Je peux ressentir autant d’émotion dans le « De natura sonorum » de Parmégiani que dans la passion selon St Matthieu de J.S.Bach.

Il arrive qu’une composition n’est pas d’âme, laisse indifférent l’auditeur.Certaines productions contemporaines me donnent cette impression.De même certaines chansons ,écrites un peu vite, sans véritable couleur harmonique me laissent un peu « sur ma faim ».

Ceci est bien sûr très subjectif .Cela me rappelle la réflexion de C.Franck devant le jeune Debussy à l’orgue : « Modulez, mais modulez donc ! ».Et pourquoi ne pas aller au-delà de notre bon vieux système tonal basé sur uniquement deux gammes. Les possibilités ne manquent pas entre les différentes échelles (octophonique, ennéaphonique?) les différents modes. Busoni a déterminé 113 gammes selon qu’on augmente ou diminue leurs intervalles, sans compter les transpositions, la juxtaposition de deux tonalités à des fins harmoniques ou mélodiques. Un espace de liberté que peu utilise.

Ce quatuor est basé sur  deux éléments qui se répondent pour ne plus faire qu’un.Un premier élément très rythmique, succède à un contrepoint.Les dissonances existent sans la contrainte des accords de l’harmonie.L’absence d’harmonie prend aussi la forme d’octaves parallèles entre les voix et d’unissons.Le silence a une place plus prépondérante.Il est aussi acteur du développement musical.Il permet aussi des respirations dans un discours parfois difficile.Les éléments de virtuosité sont peu nombreux, juste quelques morceaux de gamme.L’atmosphère générale est très éloignée du premier extrait qui était plutôt calme et serein.Les tensions sont perceptibles.

Esté

 

 

 

 

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